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Cnézats, voïvodats et grandes invasions (IXe–XIIIe siècles)

Les premières formations politiques roumaines connues furent les cnézats et les voïvodats, dirigés par des cnèzes et des voïvodes. La chronique d’Anonymus, notaire du roi Béla de Hongrie, rédigée vers 1200, évoque trois chefs de Transylvanie et du Banat à l’arrivée des Hongrois : Menumorut en Crișana, Glad dans le Banat et Gelou, « le Valaque », en Transylvanie. La valeur de ce texte est débattue par les historiens, mais il atteste l’existence d’organisations politiques locales. En Olténie et en Munténie apparaissent au XIIIe siècle les voïvodats de Litovoi et de Seneslau.

Les Hongrois pénétrèrent dans la plaine de Pannonie vers 896 et commencèrent peu à peu à s’étendre vers la Transylvanie. Le roi Étienne Ier, couronné en l’an 1000 ou 1001, christianisa la Hongrie selon le rite latin et organisa l’État. La conquête de la Transylvanie dura des siècles : dès le XIe siècle, on y établit les Sicules comme gardes-frontières, et dès le XIIe siècle des colons allemands, appelés « Saxons », installés par le roi Géza II. La Transylvanie devint un voïvodat du royaume de Hongrie, avec à sa tête un voïvode nommé par le roi, qui dirigeait une administration propre.

Un document essentiel pour l’histoire de la Valachie est le diplôme des Hospitaliers, de 1247, émis par le roi Béla IV. Il mentionne les cnézats de Jean et de Farcaș ainsi que les voïvodats de Litovoi et de Seneslau, entre les Carpates, le Danube et l’Olt, qu’il accordait aux chevaliers de Saint-Jean, à l’exception des terres des Roumains. Litovoi s’opposa aux prétentions du roi de Hongrie et mourut au combat vers 1277, tandis que son frère Bărbat paya une rançon. Le document prouve que les formations politiques roumaines étaient déjà bien organisées au milieu du XIIIe siècle.

La grande invasion mongole de 1241–1242, conduite par Batu Khan, dévasta la Moldavie, la Munténie, la Transylvanie et la Hongrie. Des forteresses et des villes furent incendiées, et la population fut massacrée ou réduite en esclavage, comme l’attestent des chroniqueurs tels que Roger, chanoine d’Oradea, dans son « Carmen miserabile ». L’empire de la Horde d’Or contrôla ensuite la steppe nord-pontique et y exerça une forte influence. Les Roumains survécurent en se retirant dans les régions montagneuses et boisées. Après l’invasion, les rois de Hongrie renforcèrent le système de forteresses et encouragèrent la colonisation, tandis que la noblesse gagnait en puissance.

Avant ces événements, en 1223, les Coumans, peuple turc nomade, avaient été vaincus par les Mongols à la Kalka, et en 1227 l’évêché de Cumanie fut fondé afin de les convertir. Les Coumans s’établirent ensuite en Munténie et dans le sud de la Moldavie, et laissèrent dans la langue et la toponymie des traces comme Teleorman ou Bărăgan. Au XIVe siècle, l’affaiblissement de la Horde d’Or et la pression de la royauté hongroise créèrent les conditions de la fondation d’États roumains indépendants. Ceux-ci naquirent de la volonté de préserver leur autonomie dans une région disputée par de grandes puissances.