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La romanisation et la formation du peuple roumain

Le peuple roumain est né de la synthèse entre la population géto-dace et les éléments romains, dans un processus appelé ethnogenèse, qui s’acheva aux VIe–VIIIe siècles. Le roumain est une langue romane, issue du latin populaire parlé dans l’est de l’Europe, au même titre que l’italien, le français, l’espagnol et le portugais. Environ 60 à 70 % du vocabulaire de base provient du latin, et la structure grammaticale est d’origine latine. Les termes désignant les réalités essentielles de la vie – maison, pain, eau, homme, mère, père, ciel – confirment cette origine romaine, fait souligné par des générations de philologues.

Un nombre réduit de mots d’origine dace se sont conservés en roumain : par exemple, mal (la rive), moș (le vieil homme), brânză (le fromage), balaur (le dragon), viezure (le blaireau), brad (le sapin) et zgardă (le collier), selon certains linguistes. Le substrat dace a aussi laissé des noms de cours d’eau : Mureș, Olt, Argeș, Siret, Someș. Le retrait aurélien n’interrompit pas la continuité de la population : l’archéologie prouve l’existence d’habitats locaux après 271, et des monnaies romaines tardives, de la céramique et des objets du culte chrétien ont été découverts sur tout le territoire de l’ancienne province. La culture de Sântana de Mureș–Tcherniakhov, des IIIe–IVe siècles, révèle la présence d’un mélange de populations.

Le christianisme, qui se répandit en langue latine, joua un rôle important dans la préservation de la latinité. Des mots essentiels du vocabulaire religieux sont d’origine latine : biserică (basilica), cruce (crux), Dumnezeu (Domine Deus), a boteza, înger, păcat, Paști (Pascha), Crăciun (calatio). Cela montre que le peuple reçut le christianisme sous sa forme populaire, avant l’arrivée des Slaves. La Dobroudja connut une intense vie chrétienne dès le IVe siècle : saint Sabbas le Goth et Jean Cassien, ainsi que le moine Denys le Petit, né en Scythie Mineure, contribuèrent à l’histoire du christianisme européen.

Dans les sources médiévales, les Roumains apparaissent sous les noms de Vlaques, Valaques, Volokhs ou Olahs, termes d’origine germanique, repris par les Slaves et les Hongrois pour désigner les populations romanes. Eux-mêmes se nommaient rumâni, du latin romanus. Les quatre branches du peuple – Daco-Roumains, Aroumains, Mégléno-Roumains et Istro-Roumains – apparurent à la suite des migrations et de la slavisation dans les Balkans. Des documents médiévaux, comme les Gesta Hungarorum, écrites par le notaire du roi Béla, appelé Anonymus, et les chroniques byzantines, mentionnent les Roumains comme un peuple à part.

La première attestation écrite de la langue roumaine dans un texte est attribuée à l’expression « torna, torna, fratre » de l’année 587 ou 588, consignée par le chroniqueur Théophylacte Simocatta dans un épisode de la campagne byzantine contre les Avars. Le plus ancien texte intégral en roumain reste la Lettre de Neacșu de Câmpulung, de 1521, adressée au juge Hans Benkner de Brașov. L’ethnogenèse roumaine ne fut pas un phénomène rapide, mais le résultat d’une longue évolution au cours de laquelle l’élément dace, l’élément romain et les influences des peuples migrateurs se fondirent en un peuple distinct, ancré dans le territoire carpato-danubien.