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Matei Basarab, Basile Lupu et la culture du XVIIe siècle

Le XVIIe siècle fut, dans les pays roumains, un temps de consolidation interne et de culture. Après l’époque troublée qui suivit Michel le Brave, Matei Basarab (1632–1654) apporta à la Valachie calme, ordre et prospérité. Prince âgé et sage, il évita les grandes guerres et investit dans la construction. Il restaura les monastères d’Arnota et de Căldărușani, fonda des églises et soutint les imprimeries. À Târgoviște fut imprimé en 1652 le « Redressement de la Loi », code civil et pénal fondé sur le droit byzantin et sur la coutume du pays.

En Moldavie, Basile Lupu (1634–1653) fut un prince grec d’origine albanaise, brillant en politique étrangère, dans le commerce et dans la culture. Il fit élever en 1639 l’église des « Trois Hiérarques » à Iași, monument unique par son décor de pierre sculptée. Il fonda en 1640 le collège des Trois Hiérarques, où enseignaient des professeurs venus de Kiev, sur le modèle des académies européennes. Il soutint l’impression de la « Cazanie » de Varlaam (1643) et du « Livre roumain d’enseignement ». Sous son règne, Iași s’affirma comme centre culturel et économique de la Moldavie.

La rivalité entre Matei Basarab et Basile Lupu dégénéra en conflit armé. À la bataille de Finta, en 1653, Matei, aidé de Georges Étienne, vainquit l’armée de Basile Lupu, qui perdit le trône. Quelques années plus tard, dans la seconde moitié du siècle, des princes comme Georges Ghica ou Antoine Vodă de Popești tentèrent de maintenir l’équilibre entre les grandes puissances. Ils furent toutefois pris dans le conflit opposant l’Empire ottoman, la Pologne, la Russie et les Habsbourg, qui fit des pays roumains un champ de bataille et de pillage.

La culture roumaine s’épanouit dans la langue nationale. Les chroniqueurs Grigore Ureche (« Chronique du pays de Moldavie »), Miron Costin (« De l’origine des Moldaves ») et Ion Neculce (« Un recueil de paroles ») soutinrent l’origine romaine du peuple et sa continuité. Le métropolite Dosoftei fit imprimer à Iași le « Psautier en vers » (1673), premier livre roumain en vers, et fit du roumain une langue de l’Église. En réponse aux tendances à la slavisation, il posa les bases de la langue littéraire. En Valachie, le stolnic Constantin Cantacuzène écrivit l'« Histoire du pays roumain », fondée sur des sources étrangères.

En 1688, sous le règne de Șerban Cantacuzène (1678–1688), fut imprimée à Bucarest la « Bible de 1688 », première traduction intégrale de la Bible en roumain, réalisation essentielle de la culture roumaine, à laquelle contribuèrent les frères Greceanu et le métropolite Daniel. Cette œuvre joua un rôle décisif dans la fixation de la langue littéraire et dans le rapprochement des Roumains de toutes les régions. Șerban Cantacuzène nourrissait des idées politiques ambitieuses, car il mena des négociations avec les Habsbourg en vue de se libérer des Turcs, mais il mourut en 1688, avant de les réaliser.