Constantin Brâncoveanu et Dimitrie Cantemir
Constantin Brâncoveanu, prince de Valachie de 1688 à 1714, dirigea le pays à l’époque des grands bouleversements géopolitiques de la fin du XVIIe siècle. Neveu de Șerban Cantacuzène, il fut choisi par les boyards pour son énergie, sa richesse et sa sagesse. Il parvint à maintenir l’État dans un équilibre fragile entre l’Empire ottoman, l’Empire des Habsbourg et la Russie, en versant de fortes sommes à Istanbul pour conserver son trône. Sa politique diplomatique prudente assura au pays vingt-six années de relative tranquillité, à une époque de guerres permanentes.
Son règne est associé à une période de grand épanouissement culturel, appelée style brâncovenesc, qui allie des éléments byzantins, renaissants, baroques et orientaux. Ses principales réalisations sont le monastère de Hurezi (1690–1697), le palais de Mogoșoaia (1702), l’église Saint-Georges-le-Nouveau de Bucarest et le palais de Potlogi. Brâncoveanu soutint les imprimeries dirigées par Antim l’Ibère, artisan et lettré qui imprima des livres en grec, en arabe et en roumain. Il fonda l’Académie princière de Saint-Sava, à Bucarest, centre d’enseignement supérieur.
Vers la fin de son règne, Brâncoveanu entama des négociations secrètes avec les Habsbourg et avec la Russie de Pierre le Grand, dans l’espoir d’une libération du joug ottoman. Le sultan l’apprit et, en 1714, le destitua. Le prince fut arrêté et conduit à Constantinople, avec ses quatre fils et le conseiller Ianache Văcărescu. Après des mois de torture, durant lesquels on exigea qu’il renonce à la foi orthodoxe et révèle sa fortune, Brâncoveanu et ses fils furent décapités le 15 août 1714, jour de l’Assomption. L’Église orthodoxe roumaine l’a canonisé en 1992.
Dimitrie Cantemir (1673–1723) fut prince de Moldavie en 1693, puis de 1710 à 1711, mais resta dans l’histoire surtout comme savant. En 1711, il conclut à Loutsk un traité avec le tsar Pierre le Grand, par lequel la Moldavie devait acquérir son indépendance, sous le protectorat de la Russie. La campagne commune s’acheva à Stănilești, en juillet 1711, par la défaite des Russes face aux Ottomans. Cantemir dut se réfugier en Russie, où il reçut le titre de prince et des domaines, et en 1714 il fut élu membre de l’Académie de Berlin.
L’œuvre scientifique de Cantemir compte parmi les plus précieuses de la culture roumaine. La « Descriptio Moldaviae » (1716) est la première grande monographie géographique, historique et ethnographique de la Moldavie. La « Chronique de l’ancienneté des Romano-Moldo-Valaques » soutient l’origine latine et l’unité des Roumains, et l'« Histoire de la croissance et de la décadence de l’Empire ottoman » fut longtemps la principale source d’information en Europe sur l’histoire des Turcs. Il écrivit aussi des traités de philosophie et de musique. Il mourut en 1723, en Russie, et sa dépouille fut ramenée à Iași, à l’église des Trois Hiérarques, en 1935.