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La fondation de la Moldavie : de Dragoș à Alexandre le Bon

La Moldavie se forma au XIVe siècle, à la suite de deux moments distincts. Le premier est la « descente » de Dragoș, voïvode du Maramureș, vers 1352, lorsque le roi Louis Ier de Hongrie organisa à l’est des Carpates une marche de défense contre les Tatars, centrée sur la vallée de la Moldova. La tradition, conservée par les chroniqueurs, raconte que Dragoș descendit en suivant un aurochs, animal devenu le symbole de la Moldavie. L’État fondé par lui fut vassal de la Hongrie et se révéla plutôt une structure frontalière. Quelques dizaines d’années seulement séparent les deux moments, mais ils changèrent définitivement la carte politique de la région.

Le second moment, plus important, est la rupture avec la Hongrie, accomplie par Bogdan Ier, lui aussi voïvode du Maramureș, qui franchit les montagnes en 1359 et se révolta contre le roi. Bogdan obtint l’indépendance de la Moldavie, devenant le premier prince indépendant, à la tête d’un État distinct. Pour consolider sa position, il combattit les troupes hongroises et repoussa les tentatives de la Hongrie de reprendre le territoire. Bogdan mourut vers 1365, et son fils Lațcu transféra la résidence à Siret, introduisit le catholicisme dans le cercle de la cour et chercha un appui à Rome.

La dynastie des Mușatin, qui suivit, donna à la Moldavie des princes remarquables. Petru Ier Mușat (vers 1375–1391) transféra la capitale à Suceava, fit frapper monnaie et obtint un prêt du roi de Pologne, Ladislas Jagellon, en 1388, en échange de la reconnaissance de la suzeraineté polonaise. Il jeta les bases de l’accès de la Moldavie à la mer Noire par l’occupation de la région de Chilia et de Cetatea Albă. Roman Ier (1391–1394), « grand voïvode, maître du pays de Moldavie depuis les montagnes jusqu’à la mer », étendit les frontières, et Étienne Ier et Iuga poursuivirent la politique de renforcement de l’État.

Alexandre le Bon (1400–1432) fut un prince organisateur. Sous son règne, le patriarcat de Constantinople reconnut en 1401 la métropolie de Moldavie, dont le siège était à Suceava, ce qui consolida l’indépendance ecclésiastique. Il régla ses relations avec la Pologne par des traités et arrêta en 1420 et 1422 les tentatives ottomanes de conquérir Cetatea Albă, qu’il défendit grâce à l’armée et au commerce. Il créa le système des charges de cour, avec le Conseil princier, et renforça l’armée. Il fut inhumé au monastère de Bistrița, dont il était le fondateur.

Après la mort d’Alexandre le Bon, en 1432, la Moldavie traversa une longue période de luttes pour le trône entre ses fils et petits-fils, parmi lesquels Ilie et Étienne, puis Petru Aron, ce qui affaiblit le pays. En 1456, Petru Aron accepta de payer un tribut au sultan Mehmed II, ce qui marqua le début de la suzeraineté ottomane sur la Moldavie. Le pays conserva toutefois son autonomie interne, sa dynastie et son Église. Ce statut serait défendu, dans la seconde moitié du XVe siècle, par le plus grand de ses princes, Étienne le Grand.